Je l’aime mais je le critique tout le temps !

Je l’aime mais je le critique tout le temps !
On l’adore et pourtant, on a toujours un truc à lui reprocher. Or quand la critique fuse, le couple trinque… Martine Teillac, psychanalyste, nous donne de précieux conseils pour apprendre à calmer le jeu.

.

En tête à tête, pour régler mes comptes

Qu’est ce qu’on cherche (à lui dire ?) : Qu’on n’est pas heureuse, du moins pas comme on le voudrait. Bien souvent, on l’attaque sur des détails insignifiants (« tu n’as pas fait ceci », « tu as oublié cela »…) pour esquiver le vrai problème : on ne pas se sent pas assez aimée. Mauvais calcul, évidemment. Car si nos moments à deux prennent trop souvent cette tournure, on ne va pas s’étonner qu’il se mette à nous fuir. Une façon (inconsciente) d’augmenter nos griefs contre lui ?

Comment calmer le jeu ? En s’interrogeant sur les bénéfices secondaires que l’on en retire car il y a de fortes chances qu’ils soient anachroniques et caduques… Car il est temps d’amorcer le dialogue sur ce que nous aimerions – vraiment - trouver dans notre couple. Pour cela, mieux vaut poser des questions ouvertes (« Qu’est-ce qui te manque ? », « Qu’est-ce que je ne t’apporte pas ? ») et répondre aux siennes en se limitant à nos ressentis (« Je vis mal que… », « je m’inquiète quand… »). Exit les attaques très insécurisantes du type « tu es ceci ou cela ». Elles risquent de semer le doute sur l’amour que nous lui portons.

Devant les amis, pour amuser la galerie

Qu’est ce qu’on cherche (à prouver ?) : Qu’on a le pouvoir ! La majorité des couples fonctionnent, en effet, sur un rapport de forces. S’évertuer à diminuer son conjoint devant ses amis, c’est essayer de le délester d’une partie de ses alliés pour l’affaiblir. Et aussi, l’obliger à encaisser, sans possibilité d’échappatoire, pour le tenir encore mieux à sa merci.

Comment calmer le jeu ? En prenant conscience, là encore, de l’effet de notre stratégie, à l’inverse de ce qu’on escompte. Car là, devant témoins, vous êtes l’agresseur, et lui, l’agressé. C’est un fait. Alors, pourquoi a-t-on besoin trouver notre place de cette façon ? Surtout qu’en dévalorisant l’autre en public, on se dévalorise soi-même. La personne visée à travers lui, au fond, c’est peut-être nous. Car cette attitude immature révèle évidemment un manque de confiance en soi.

Devant ses parents, pour créer une complicité

Qu’est ce qu’on cherche (à lui prendre ?) : Ici, il est surtout question de notre envie de nous faire accepter à part entière comme un membre de sa famille. Souvent parce que nous ne nous sommes pas sentie assez sécurisée ou aimée par la nôtre. Si bien que la complicité observée entre ses parents et lui peut nous faire sentir si vulnérable que l’on redouble d’envie de la récupérer en notre faveur.

Comment calmer le jeu ? Critiquer le « fifils à sa maman », c’est aussi remettre en question l’éducation de notre belle-mère. Ce qui peut s’avérer une arme redoutable contre nous-même. Pour mettre ses beaux-parents dans la poche, rester sur un terrain neutre est encore la meilleure solution. Y compris en ne validant pas leurs propres critiques à l’égard de leur fils. Ils pourraient nous reprocher notre attitude déloyale envers lui. .



Devant les enfants, pour les mettre de mon côté

Qu’est-ce qu’on cherche (à détruire ?) : Par ce biais, on veut toucher l’image du père, l’atteindre dans sa chair, parce qu’on n’a pas trouvé d’autre moyen de lui communiquer notre désarroi. En effet, en critiquant notre homme devant les enfants, on manifeste aussi notre grand état de faiblesse, ce qui s’avère désastreux pour notre image de mère.

Comment calmer le jeu ? En se préoccupant des dommages collatéraux. Un enfant étant fait pour moitié de son père et de sa mère, risque d’entendre, à la longue, qu’il n’y a qu’une bonne partie (ou une mauvaise !). Sans compter qu’on lui transmet une image du couple catastrophique. C’est le moment de se demander si notre attitude n’est pas simplement l’expression du courage qui nous manque pour partir…

Trois témoignages

Plus efficace devant témoins !

« Devant les autres je ne me gêne pas pour critiquer mon mari ! D’abord par souci d’efficacité, car les reproches en tête-à-tête n’ont aucun impact sur lui. Bien–sûr, je sais que ce n’est pas très élégant, mais je ne trouve pas tout ce qu’il fait « génial », c’est une façon de le lui signifier. Le contraire du comportement de ma mère qui toute sa vie à porté aux nues mon père, lui servant en plus de faire-valoir. Toute petite déjà je trouvais son attitude très avilissante et extrêmement rétrograde. » Lisa, 37 ans

Il est si prétentieux…

« Bien sûr je fais des reproches à mon mari, mais c’est normal, non ? Car si moi je ne lui dis ce qui ne va pas chez lui, qui le lui dira ? Avec moi, il a la certitude que c’est objectif et non un acte gratuit. Et puis il a tendance à avoir une très haute idée de lui-même, alors ça lui remet les idées en place par la même occasion. Il a été trop gâté enfant, sa mère n’a pas cessé de lui répéter qu’il était la huitième merveille du monde, alors à force il l’a cru ! Moi j’ai été élevée plutôt à la dure, mes parents n’étant pas du genre à me trouver la plus belle et la plus intelligente. Finalement, ça m’a rendu service, je ne me sens pas désarmée face à la critique et je ne me fais pas de fausses illusions sur moi. » Claudie, 47 ans

Je teste son amour

« Le critiquer, c’est une façon de vérifier à quel point il tient à moi ! J’arrive à un âge charnière où j’ai besoin de me sentir rassurée, alors plus il encaisse, plus il me prouve qu’il m’aime malgré mes piques incessantes. Et j’ai autant besoin de cette preuve d’amour que de me mettre en danger, car évidemment je prends des risques : il peut se sentir blessé, en avoir marre, penser même carrément que je ne l’aime plus ! Et si j’ai une tendance à aller de plus en plus loin c’est parce que ça apporte une forme de tension dans notre couple, somme toute assez excitante. C’est une méthode assez efficace contre la routine. » Anne-Laure, 43 ans .