la fidélité est-elle dépassée ?

la fidélité est-elle dépassée ?
Peut-on rester fidèle à l'époque des sites de rencontres, de la mobilité géographique et de la liberté sexuelle ? Pour les couples, les tentations sont omniprésentes et les rencontres ne tiennent plus qu’à un clic. Alors, peut-on encore croire en l'amour pour la vie ?

.

Ne pas confondre "flirt" et "relation durable"

"La fidélité c'est old school’ (vieille école), clame haut et fort Manon, 29 ans, célibataire. Personnellement, j’ai énormément de mal à y croire. Il suffit de voir toutes les applications pour se rencontrer et avoir des relations, sans engagements, comme Tinder par exemple. Il en existe même certaines qui se sont spécialisées sur le créneau des couples infidèles, c’est assez symbolique de l’ère dans laquelle nous vivons !"

Avec l'éclosion des applications qui permettent de multiplier les rencontres, il y a effectivement de quoi désacraliser l’idée du premier rendez-vous et sauter sur son téléphone à la moindre dispute avec sa moitié.

"Une fois que l'on a trouvé la bonne personne, que l’on est vraiment amoureux, cela change tout !"

Mais faut-il pour autant jeter l'idée d’un couple durable aux orties ? Audrey, 23 ans, en couple depuis 6 mois, tient à nuancer : "Il ne faut pas confondre liberté sexuelle et relation de couple. Il est vrai qu'il nous est facile aujourd'hui de multiplier les partenaires et de parler de sexualité sans tabou. Pour autant, une fois que l'on a trouvé la bonne personne, que l'on est vraiment amoureux, cela change tout ! C'est à partir de ce moment-là que l'on se met à avoir des exigences d’exclusivité !"

Il n’est pas toujours simple de répondre à ces exigences. Les tentations sont partout et nous ne sommes pas toujours d’accord sur ce qui est acceptable ou non de la part de l’autre. Dès lors, comment être certain de ne pas franchir la ligne rouge ? .



Définir ensemble des limites

Une fois amoureux et ensemble, il est bien sûr important de se fixer des limites et d’échanger sur la question. Juliette, 16 ans, raconte ainsi être gênée par le fait d’être en couple car les autres attendent d’elle un tout autre comportement que lorsqu’elle est célibataire. "Même sur des petites choses. Par exemple, nous sommes très tactiles avec mes amis d’enfance, nous chahutons et cela n'engage à rien, mais je n’ai pas envie que cela change parce que je suis en couple ! En tout cas, pas pour le moment !"

A partir de quand devenons-nous infidèles ? Est-ce en pensant à un autre ? En embrassant ? En flirtant par SMS ou sur internet ? Quel que soit l’endroit où vous placez le curseur, il est important d’être en accord avec votre moitié. Avant de débuter une relation, mieux vaut savoir où vous mettez les pieds, si vous ne voulez pas entendre : "Mais ce n’est rien, juste un baiser rapide ! Tu ne vas pas être jaloux (se) ?" Ou pire encore "On n’était pas encore (vraiment) ensemble !"

La fidélité : un engagement volontaire

Couple : la fidélité est-elle dépassée ?

Comme le note d’ailleurs le philosophe Alain Etchegoyen, la fidélité, ayant perdu tout caractère obligatoire (religieux, économique, familial), elle est devenue un acte choisi, une décision personnelle. Un engagement qui demeure, malgré tout, un idéal fort.

Alors que, dans la plupart des familles, le mariage n’est plus une étape imposée, de nombreux jeunes choisissent de passer devant le rabbin, l’imam, le curé ou encore devant le maire pour se marier, se pacser, marquer publiquement leur engagement l’un envers l’autre. Il suffit de jeter un œil sur les réseaux sociaux pour s’apercevoir du nombre de photos de profiles de jeunes hommes ou de jeunes femmes immortalisés le jour de leur mariage. Comme si ceux-là nous disaient, qu’à l’heure où nous sommes infidèles dans de nombreux domaines (travail, consommation, etc), ils tenaient fermement à s’engager dans un couple stable et durable.

D’ailleurs, selon l'enquête "Valeurs" menée tous les neuf ans depuis 1981 par les sociologues de l’Association pour la recherche sur les systèmes de valeur (Arval), la fidélité est une valeur en hausse, notamment chez les jeunes. "Il y a trente ans, les 18-26 ans trouvaient la fidélité un peu ringarde, seuls 50% la jugeaient importante pour la réussite d’un couple, avait commenté Pierre Bréchon, directeur de l’Arval et chercheur à Sciences Po Grenoble, en mai 2013, dans les colonnes du Parisien. Aujourd’hui, ils sont plus de 80% à la plébisciter."

Vivre une relation privilégiée, la grande force de la fidélité

Si le choix de l'engagement durable est exigeant, il permet cependant de bâtir une relation forte, un lien de confiance particulièrement précieux. "Le lien et le projet qui unit les conjoint créent entre eux une intimité qui n'appartient à personne d’autre et qui intègre le corps, l’intelligence, la vie affective et sociale, explique Michèle Longour dans son livre Dix clés pour réussir son couple. Dans cette intimité, chacun trouve en l’autre un soutien, un confident, et cela lui procure une grande force pour aborder les épreuves de la vie."

?"Etre fidèle à l’autre, c’est aussi être fidèle à soi-même"

?Pour Alice de Lara : "Etre fidèle à l’autre, c’est aussi être fidèle à soi-même. C’est dire que l’on croit aux valeurs du couple que nous avons formé à un moment donné, que l'on a été capable de surmonter les difficultés. Et à titre personnel, je pense qu’être fidèle soi-même, cela valorise l’engagement auprès de ses enfants. C’est une jolie transmission. On leur dit qu’il y a eu et qu’il y aura des difficultés, des tempêtes mais que, malgré tout, on surfe sur les vagues parce qu'on croit en l’amour."

Infidélité : attention aux dégâts !

Par ailleurs, (et même si c'est bien souvent plus facile à dire qu’à faire), avant de vous lancer dans l’infidélité, tentez d’envisager les répercussions de celle-ci. Etes-vous prêt(e) à mettre en péril votre relation ? A prendre le risque d’être quitté ?

"La personne trompée va vouloir tout savoir, tout comprendre, prévient la thérapeute conjugale. Il y a la blessure narcissique, la trahison et un profond sentiment d’injustice. Au bout du compte, celui qui a été trahi a le sentiment de ne plus savoir qui est l’autre, il est comme face à un étranger…"

C'est également l’idée que développe Michèle Longour dans son livre : "Un abime de questions cruelles s’ouvre dans l’esprit du conjoint trompé qui se sent diminué(e) et profondément humilié(e). ( …) Celui qui est infidèle détruit aussi de fait la confiance sur laquelle était fondé le couple, il bafoue son intimité et se fait d’une certaine façon mal à lui-même." .